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“Nous assumons pleinement de faire des municipales un enjeu national”

25 septembre 2019

Intervention de Delphine Batho lors du meeting « L’écologie pour Paris » autour de David Belliard

« C’est une première, car c’est la première fois que je m’exprime dans un meeting d’une candidature portée par EELV et j’en suis très fière. Merci de votre invitation et je suis heureuse, avec tous mes amis d’Urgence Ecologie d’apporter notre pierre au rassemblement de tous les écologistes à Paris autour de David Belliard, dans le prolongement de l’appel au rassemblement des écologistes que nous avions annoncé avec David Cormand et Yannick Jadot en juillet.

Chers amis, je sors d’une émission de télé où on m’a encore demandé « mais alors, vous les écologistes, vous êtes pour le « moins » ? Et je leur disais : mais vous n’avez rien compris, l’écologie ce n’est pas du « moins », c’est du « plus », plus de vie, plus de nature, plus de culture, plus de communs, c’est plus de bien-être ! Le temps est venu de porter cette grande espérance au pouvoir. Le temps est venu de mettre l’écologie au pouvoir. C’est une écologie de conquête que nous porterons devant nos concitoyens dans toutes les villes au printemps prochain, puis dans les régions, puis pour la Nation.

Une grande accélération politique est en cours. L’heure de l’écologie est venue. Le temps n’est plus à l’écologie force d’appoint, considérée comme le codicille des uns ou le supplément d’âme des autres, supplétif des vieux appareils politiques. Nous devons maintenant assumer par nous-même l’exercice des responsabilités. Les écologistes ne travaillent pas pour dans 20 ans. Les victoires c’est maintenant qu’il faut aller les chercher !

C’est ce message que nous allons porter dans toute la France en mars prochain parce que bien sûr, les élections municipales c’est d’abord un choix de projet à l’échelle d’un territoire, au plus près de l’écologie du quotidien, pour la qualité de vie des habitants des villes et des villages, mais il y aura aussi lors de ces élections municipales un enjeu national. D’abord parce que le changement écologique de la France ne viendra pas d’en haut, dans cette verticalité épuisée de la Vème République qui ne marche pas, il viendra des citoyens et des territoires. Mais aussi parce qu’au soir du scrutin, il y aura une interprétation nationale. On regardera si des villes ont basculé pour l’écologie, on regardera les scores, on regardera si la dynamique électorale des écologistes s’ancre durablement et s’amplifie. 

Après les élections européennes, nous assumons pleinement de faire des municipales un enjeu national. Et cela commence ce soir à Paris. Pas seulement parce que Paris est la capitale de la France, mais parce que la bataille de Paris c’est la bataille contre un modèle urbain obsolète, c’est la bataille pour se choisir un autre avenir que d’être la capitale de la pollution, de la souffrance écologique, une ville qui étouffe, des habitants qui galèrent dans les transports, une ville de plus en plus chère dont les loyers sont exorbitants, qui ne laisse pas de place dans l’espace public pour les enfants, pour nos anciens, pour la nature. Paris ne pourra pas, dans les conditions actuelles, tenir le choc de l’accélération du changement climatique.

Car ça va vite, très vite, tout s’accélère avec une violence sidérante : 11 milliards de tonnes de glace ont fondu en un seul jour au Groenland le 1eraoût, 13 millions d’hectares de forêts brûlés en Sibérie, l’Amazonie ravagée par les flammes, 3 milliards d’oiseaux détruits en Amérique du Nord, les canicules et la sécheresse en France, la pollution première cause de mortalité dans la 7èmepuissance mondiale… On pourrait passer la soirée à détailler ces faits, car ce sont des faits, pas des prévisions. 

La grande accélération politique que j’évoquais en introduction, elle s’explique d’abord par les faits qui placent désormais l’écologie au centre du débat politique, au centre des prochaines élections municipales, tout simplement parce que la destruction atteint une telle ampleur, un tel rythme, que nos concitoyens ont parfaitement compris que nous sommes désormais dans une situation d’urgence vitale. Tous nos concitoyens, car le temps où l’écologie était considérée comme un truc de bobo est terminé. C’est fini ! Elle est désormais la première préoccupation dans presque toutes les catégories sociales, tous les âges, tous les territoires. C’est autour de l’écologie que va se structurer le débat politique, pour longtemps, entre ce que j’appelle les Terriens et les Destructeurs. 

C’est une vague puissante qui est en train de se lever. Beaucoup ne l’ont pas compris, raisonnent encore avec de vieux schémas de pensée. Tous les candidats vont parler d’écologie dans cette campagne ? C’est tant mieux, car nous allons maintenant entrer dans le fond des choix. Pour nous, cette campagne électorale doit permettre de mettre au cœur du débat trois enjeux majeurs : la résilience, la cohérence et le droit au bien-être, par l’écologie pour tous et partout.

La résilience, car nous savons nous, contrairement à tous ceux qui sont encore dans une sorte de politique de l’autruche fondée sur le déni, que Paris sera une ville invivable une partie de l’année dans 10 ans si rien n’est fait. Imaginez 9 semaines consécutives de canicule… Bien sûr, Paris doit prendre sa part à la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre et ici réduire les émissions de CO2, sortir des énergies fossiles, c’est aussi reconquérir la qualité de l’air. Mais il faut aussi d’ores et déjà se préparer à la part certaine du changement global planétaire. C’est devenu une question de sécurité pour les parisiennes et les parisiens et pour le pays tout entier, car Paris est la capitale de la France.

On a des exemples tous les jours de choix anachroniques, de l’absence d’anticipation, de déni de la vulnérabilité auquel le changement climatique nous expose : Couper des arbres ; construire de nouveaux buildings ; laisser se déployer la massification des installations de clim’ – qu’il faut appeler par son vrai nom « chauffage de rue » ; remettre du bitume là où pourtant les rues sont en travaux et où on aurait pu profiter de l’occasion pour intégrer, dans une vision systémique, l’urgence de ne pas reconstruire un îlot de chaleur… Je prends à chaque fois l’exemple de la Cour d’honneur de l’Assemblée nationale (ça ne dépend pas de la ville de Paris comme cela personne ne se sentira visé !), qui a été refaite à neuf pour supprimer les bandes enherbées et les massifs de fleurs qui apportaient un peu de fraicheur pour, je cite : « restituer à la cour son aspect minéral d’origine ». C’est désormais une fournaise où les voitures de ministre font tourner la clim’ chaque semaine l’été pendant toute la durée des questions au gouvernement. 

La cohérence, c’est la marque de fabrique d’un projet écologiste fondé sur les données scientifiques. C’est ce qui différencie le projet écologiste de tous les autres : l’ampleur des changements à opérer implique que toutes les décisions, dans tous les domaines, soient prises en fonction de l’impératif écologique et des données scientifiques. 

C’est ce que le pouvoir actuel, symptomatique de toute une génération d’élus, n’a pas compris : il n’y a plus aucune place pour le « en même temps ».  En même temps empêcher le parlement de voter la fin des aides à l’export aux énergies fossiles et en même temps dire à l’ONU que ça serait quand même bien de prendre cette décision. En même temps ratifier le CETA et dire qu’il faut arrêter avec les accords commerciaux climaticides. En même temps appeler à la mobilisation pour la forêt Amazonienne et délivrer de nouveaux permis miniers en Guyane ou refuser de remettre en cause les importations de Soja. En même temps dire que le maire de Langouët « a raison dans ces intentions » et proposer un arrêté qui prévoit une distance d’épandage des pesticides de « 5 mètres »… Est-ce qu’Emmanuel Macron est le seul adepte du « en même temps » ? Hélas non. C’est aujourd’hui la politique qui est menée partout, à des degrés divers. Or soit on reconnait et on agit dans le cadre des limites planétaires, soit tout le reste, tous les autres projets, relèvent d’une sorte de mystification et relèvent en réalité de l’écologie cosmétique. 

Le bien-être, enfin ! C’est l’aspiration de la jeunesse, et de plus en plus de femmes et d’hommes qui sont entrés, dans leurs choix de vie quotidienne, en rupture culturelle avec les valeurs du consumérisme, de l’égoïsme, du gâchis, de l’argent comme valeur cardinale d’une civilisation où le fric compte plus que d’être vivant. Ces choix, ils ne le vivent pas comme un sacrifice, ils le vivent comme une libération, ils le vivent comme une reprise de contrôle, une reprise de pouvoir sur leur vie. Fondamentalement, c’est cette rupture culturelle que le Président de la République ne comprend pas et ne peut pas comprendre. 

Fin août, il nous avait dit « j’ai lu des bouquins, j’ai changé sur l’écologie ». Il n’a pas fallu plus d’un mois pour qu’il se lâche : « ça suffit » les manifs de jeunes, « ça suffit » Greta, « ça suffit » l’écologie, « qu’ils aillent en Pologne ou sur les plages de Corse ! », Et puis… « vivement qu’on parle d’immigration pour changer de sujet et de polarisation » – comme si d’ailleurs il n’y avait aucun rapport entre le fait que des territoires entiers deviennent inhabitables sur Terre et les déplacements de population sur le globe ! Emmanuel Macron perd ses nerfs parce qu’il a peur que les écologistes soient face à lui au second tour en 2022. Ce n’est plus le Président de la République qui parle, c’est l’inconscient du déjà candidat à l’élection présidentielle.  

Il est inquiet, parce que nous sommes nous adossés à un mouvement culturel profond et irréversible. C’est l’envie d’autres valeurs, d’une nouvelle qualité de vie, de ralentir, la recherche d’une harmonie dans les liens sociaux entre les humains et avec la nature, l’aspiration à retrouver une alimentation et un mode de vie simples et sains. L’aspiration des parisiennes et des parisiens n’est plus au gigantisme des mégalopoles, enferrée dans une vision du monde qui est celle de la croissance, de la compétition pour attirer les cars de touristes et les grandes entreprises, où les espaces verts n’étaient conçus que comme une contrepartie du modèle urbain dominant du toujours plus grand, qui va toujours plus vite. C’est cette espérance que nous voulons décliner dans l’écologie du quotidien. 

C’est pour cela, chers amis, qu’il nous faut porter haut dans cette campagne électorale le drapeau des révoltes de la jeunesse, de la nouveauté, celui que porte David Belliard. Si j’ai bien compris le reproche principal qui est fait à David, ce n’est pas la cohérence du projet écologiste qu’il va présenter, ce ne sont pas ses compétences ni son sérieux, sa connaissance des problèmes des parisiennes et des parisiens, ce n’est pas sa capacité à rassembler autour de lui des élus expérimentés et de nouvelles générations, non, ce serait… son manque de notoriété. Moi je préfère moins de notoriété et plus de volonté ! Il faut savoir ce qu’on veut : oui, les Français veulent du renouvellement, de nouveaux visages, que ça change ! Et oui, partout dans cette campagne électorale, les écologistes vont présenter de nouveaux visages, de nouvelles personnalités, une nouvelle génération et nous en sommes fiers ! L’heure est venue de confier les commandes à ceux qui prennent au sérieux la génération climat. 

Nous allons nous engager tous ensemble, totalement, pour que l’écologie l’emporte. Je nous souhaite une très belle campagne, à Paris et dans toute la France pour gagner.