“European Green Deal” : espoirs ou leurres ?

17 décembre 2019

Par Henri Malosse, membre du conseil exécutif de Génération Ecologie

Le Green Deal de la nouvelle Présidente de la Commission européenne annoncé il y a quelques jours, est censé être la réponse de l’Europe aux défis de l’urgence écologique. Mais, bien timorée, Ursula von der Leyen utilise l’euphémisme de la « dégradation de l’environnement », omettant le mot «  URGENCE » . Et en effet, au-delà des mots enjolivés, il n’y a que des demi ou des tiers-mesures, des oublis délibérés et de gros mensonges. Comme Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen veut faire croire au mythe du « en même temps » de la neutralité climatique (bilan carbone) et de la croissance économique. La croissance économique pour maintenant, de manière amplifiée et continue, alors que la neutralité carbone, pas avant 2050 !

L’hypocrisie consiste aussi à expliquer que l’Union européenne aura pour ambition de  protéger la santé et le bien-être des citoyens, mais sans agir seule, c’est-à-dire à ne pas aller trop vite par rapport à nos partenaires internationaux. On l’aura compris, il s’agit de se hâter lentement pour ne pas prendre trop d’avance sur les États-Unis de Donald Trump et sur la Chine de Xi Jinping. La Commission annonce que les émissions de gaz à effet de serre devraient être réduites de 30% jusqu’en 2030, et de 60% d’ici 2050. Des objectifs lointains qui ne permettront pas réellement d’inverser la courbe du réchauffement climatique, et peu crédibles au regard des tendances actuelles.

Certes la Commission européenne propose d’infléchir la fiscalité avec l’objectif de décarboner davantage le système énergétique pour atteindre les objectifs climatiques en 2030 et 2050. Mais elle continue de préconiser davantage de concurrence dans le marché de l’énergie, comme s’il s’agissait de la panacée en la matière. Le Plan de la Commission mentionne la question de la pauvreté énergétique ainsi qu’un engagement sur une « vague de rénovation » des bâtiments publics et privés, mais cela reste plutôt incantatoire.

Comme les transports représentent un quart des émissions de gaz à effet de serre de l’Union européenne et continuent de croître, la Commission propose une réduction de 90% des émissions dues aux transports d’ici 2050, mais simplement par la promotion des carburants de transport alternatifs (par exemple, d’ici 2025, environ 1 million de stations de recharge et de ravitaillement publiques seront nécessaires pour les 13 millions de véhicules zéro et à faibles émissions attendus sur les routes européennes). Il n’y a ainsi pas un mot sur la réduction nécessaire des vols aériens ou du transport par route des marchandises et des passagers en faveur du rail ! Au contraire l’objectif du ciel unique européen avec davantage de vols et de concurrence est réaffirmé dans le programme de la Commission.

Parce que c’est la mode, le Green Deal d’Ursula von der Leyen préconise à juste titre dans son plan un dialogue avec les citoyens sur la dégradation de l’environnement et des espaces où les gens peuvent exprimer leurs idées. La Commission travaillera également au renforcement des capacités pour faciliter les initiatives locales sur le changement climatique et la protection de l’environnement. Mais quid des interférences croissantes des lobbys comme on l’a vu récemment sur le dossier du Glyphosate ?

La Commission présentera également une  stratégie appelée « De la ferme à la fourchette (sic) » au printemps 2020 et « lancera un large débat avec les parties prenantes couvrant toutes les étapes de la chaîne alimentaire et ouvrant la voie à la formulation d’une politique alimentaire plus durable ». La stratégie « de la ferme à la fourchette » visera à réduire l’impact environnemental des secteurs de la transformation alimentaire et de la vente au détail en agissant sur le transport, le stockage, l’emballage et les déchets alimentaires afin de promouvoir des aliments sains abordables pour tous. Cependant, les propositions de la Commission pour la politique agricole commune à l’horizon 2021-2027 prévoient qu’au moins 40% du budget global de la politique agricole commune et au moins 30% du Fonds pour la pêche maritime contribueraient à l’action pour le climat. Mais pourquoi seulement 40 et 30 % ? L’urgence écologique imposerait au contraire que l’ensemble des financements européens, notamment pour l’agriculture et la pêche, soient exclusivement tournés vers les activités durables compatibles avec la lutte contre le réchauffement climatique, la préservation de l’environnement et la restauration de la biodiversité.

Sur la question budgétaire, le Green Deal se caractérise par des demi, des tiers ou des quart-mesures : 25 % des interventions budgétaires européennes en faveur du climat, 30% du Fonds d’investissement, 35% des crédits de recherche, 25% des aides accordées à des pays tiers. Un Green Deal au rabais en quelque sorte…. S’il est vrai que la Commission européenne a le courage de proposer des ressources propres pour son budget en faveur de l’environnement qui proviendraient d’une taxe sur les plastiques à usage unique (mais pas d’interdiction comme l’a décidé par exemple l’Inde), celle-ci a peu de chances d’être acceptée par les États, et son montant resterait symbolique.

La Commission affiche courageusement une ambition zéro pollution avec un plan d’action zéro pollution pour l’air, l’eau et le sol. Pour que ces changements aient lieu, elle annonce un plan d’investissement pour une Europe durable qui sera lancé pour aider tous les États membres à répondre aux besoins de financements supplémentaires. Cette ambition semble peu réaliste au vu des perspectives financières bien modestes et de l’absence de volontarisme pour réduire les pollutions. On ne reste qu’au niveau des bonnes intentions.

Nous pouvons être bien plus inquiets en constatant que le volet « externe » du Green Deal est particulièrement discret. Il n’y a aucune mention, bien au contraire, de la réduction nécessaire du volume des échanges mondiaux, et la Commission européenne continue son hymne au libre-échange tous azimuts sans restrictions, ni par rapport à la question de l’urgence écologique, ni en fonction des questions des droits humains. Au contraire, la Commission européenne met en parallèle les efforts conjoints sur le climat et le renforcement des courants d’échanges, en particulier avec l’Afrique et la Chine !

Ce n’est pas avec des demi-mesures, des oublis et des gros mensonges que l’on pourra réconcilier le citoyen européen, notamment les jeunes, avec une Union européenne décidément trop conformiste, bureaucratique et hypocrite. Nous ne dirons donc pas que le verre est « à moitié vide » tandis que d’autres disent qu’il est « à moitié plein ». Nous disons sans hésitations, mais avec beaucoup de regrets que le Green Deal n’est pas à la hauteur des enjeux. On aurait pu s’en contenter dans les années 80 alors que l’on n’avait pas encore les données scientifiques alarmantes que nous connaissons aujourd’hui. Mais prétendre que l’on pourra combattre le réchauffement climatique et l’extinction de la biodiversité avec ce plan dépassé est une vraie supercherie.

Madame Von der Leyen a voulu donner comme slogan à son mandat « pour une Europe ambitieuse ». Nous ne voyons ni ambition, ni vision, mais seulement l’hallucination du lapin pris par les phares de l’automobile qui ne bouge pas face au danger.