1er mai : le sens et la reconnaissance du travail au cœur du projet écologiste

01 mai 2021

A l’occasion du 1er mai, fête du travail héritée de la journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs et travailleuses et des combats du mouvement ouvrier du 19ème et 20ème siècle, Roméo Malcurt partage ses réflexions sur le sens et la place du travail au 21ème siècle dans une perspective de transformation écologique.   

« J’ai un job ! Non choisi… »

Le « Travail » occupe t’il la bonne place dans notre société actuelle ? Le productivisme et sa logique industrielle nous pousse à extraire toujours plus, à transformer toujours plus, à vendre toujours plus, à créer toujours plus. La logique financiarisée impose une chaine de valeur aux multiples maillons, hors des territoires, avec des donneurs d’ordres en aval et trop souvent les exécutants en amont, enfermant les relation inter-entreprises dans une relation de domination et de compétition.

Et nous, citoyennes et citoyens, quelle est notre place dans ce jeu de rôle ? Nous travaillons, mais à quelle fin ? Est-ce uniquement pour notre faim ? Une Terrienne et un Terrien modernes ne produisent presque plus rien de ce qu’ils consomment, et ne consomment presque rien de ce qu’ils produisent, en dehors d’activités de loisirs telles que le bricolage, le jardinage, les activités culinaires… qui ont le vent en poupe et deviennent des nouveaux espaces d’épanouissement permettant à chacune et chacun de « faire » et de transformer son réel.

Sommes-nous condamnés à occuper un poste qui n’a de sens pour nous, à créer de la « valeur » en contradiction avec nos valeurs profondes ? Le salaire et l’argent devraient-ils être nos uniques repères ? La souffrance au travail n’est-elle pas d’abord liée à une perte de sens ? La pandémie n’a-t-elle pas profondément modifié nos représentations de ce qu’est un travail utile aux autres et à la société dans son ensemble ?

Redéfinir le Travail et sa place

Depuis les anciens temps le travail occupe une place centrale dans le quotidien des Homo sapiens, avant tout pour son caractère de reconnaissance sociale, élément essentiel pour nous les êtres humains. La reconnaissance d’être utile pour les siens, pour la société, nous apporte énergie, vitalité et construction de soi. Il est aussi source de liens, d’échanges, de socialisation, permet de s’intéresser aux autresLe regard de ses pairs, l’engagement, l’entraide, la reconnaissance des personnes auxquelles notre travail est utile, le sentiment d’avoir rendu un service utile en fin de journée. Il devrait être source d’émancipation personnelle, bien différent de la connotation portée par le néolibéralisme actuel.

Vers un nouveau modèle économique :

Une grandeur monétaire ne reflète ni l’impact social et environnemental, ni le bien être, ni la nature de l’activité. Cette redéfinition ne peut donc passer que par un changement de modèle économique. En quoi ce que nous produisons rend service aux nouvelles régulations écologiques, aux territoires, à la population présente et future ? La reconnaissance non plus en volume, en chiffres d’affaires et autres indicateurs financiers, mais de la valeur ajoutée réelle, des externalités positives dégagéesdu service renduInclure des indicateurs de bienfaits sociaux, environnementaux, de résilience pour demain, de créativité, de réponses à la raréfaction des ressources, de création de bien être, de réponse aux enjeux d’un territoire.

Cette nouvelle reconnaissance du travail doit pouvoir être favorisée dans une économie nouvelle, avec l’aide de tous les acteurs impliqués : collectivités, entreprises, citoyennes et citoyens, associations, tout en étant attentif dès maintenant aux besoins présents et futurs. “Le travail c’est la vie“, oui et non… Est-ce le travail ou plutôt “l’activité utile permettant de subvenir à ses besoins réels” ?

« Et si l’on s’émancipait ? » Quelques orientations pour l’avenir du travail et de sa reconnaissance :

  • Bâtir et insuffler un nouveau modèle économique, centré sur les enjeux des territoires (citoyennes et citoyens, collectivités, entreprises, associations, le vivant…), créant des écosystèmes coopératifs territoriaux ;
  • Changer notre conception de la valeur, qui ne serait plus l’argent mais le service rendu ;
  • Accélérer la création de métiers durables, non-délocalisables et porteurs de sens, s’assurer de leur gouvernance et mise en réseau pour être à la portée de toutes et tous ;
  • Appuyer la formation, les parcours scolaires, l’aide à la reconversion, la création de filières et d’entreprises porteuses d’activités et d’emplois verts ;
  • Recentrer nos activités sur les besoins fondamentaux de notre société, respectant les limites planétaires et permettant un futur vivable ;
  • Quitter cette culture de la concurrence, du prix le plus bas, pour se réapproprier une logique de fidélisation par des dépenses acceptables, et reconnaissant le travail de proximité ;
  • Promouvoir le travail humain et son ingéniosité, les low-technologies, pratiques, économiques, populaires, rétablissant la primauté de l’intelligence humaine sur la machine ;
  • Prendre en compte et valoriser les valeurs non marchandes (bénévolat…) et le travail utile à la société lié à ces activités : un travail que l’on pourrait autrement qualifier « d’activités » émancipatrices pour toutes et tous, source de créativité et de création de valeur.

A l’heure où les notions de bien-être et de santé au travail sont de plus en plus centrales, où les lois des marchés et de concurrence internationale remise en cause par la crise sanitaire, de dépendance et résilience, il est temps, non pas d’aller encore plus vite comme le préconise notre gouvernement avec un plan de relance, mais de réinventer la place et le sens du travail au 21ème siècle, de retrouver le sens de son utilité, de bâtir un monde nouveau pour plus de valeur ajoutée et moins de précarité, plus d’externalités positives et moins de destruction, plus de coopération et moins de compétition.

Des réflexions à prolonger, en vous souhaitant une bonne fête du travail !

Roméo Malcurt, membre de Génération Écologie

Pour contribuer à la construction du projet politique de l’écologie intégrale démocratique sur ce suje vous pouvez rejoindre groupe de travail « Faire et travailler ensemble ». Pour s’inscrire : https://generationecologie.fr/inscription-atelier-travail/